Histoire du mahjong : de la Chine du XIXe siècle aux écrans modernes
On présente souvent le mahjong comme un jeu millénaire. C’est une belle image, mais elle est fausse : le jeu à quatre joueurs apparaît en Chine au milieu du XIXe siècle, et le mahjong solitaire que tu joues ici, lui, est né sur un ordinateur en 1981. Voici comment des tuiles gravées ont fait le chemin d’une table chinoise jusqu’à ton écran.
Un jeu né dans la Chine du XIXe siècle
Une légende tenace attribue l’invention du mahjong à Confucius, vers 500 avant notre ère. Elle ne repose sur aucune source : aucun texte ancien ne mentionne le jeu, et le récit semble n’être apparu que bien plus tard, quand le mahjong s’est diffusé hors de Chine.
Les traces sérieuses situent la naissance du mahjong sous la dynastie Qing, au milieu du XIXe siècle, dans l’est de la Chine (les régions de Ningbo et de Shanghai sont les plus souvent citées). Le jeu descend vraisemblablement de jeux de cartes chinois plus anciens, dont le madiao, auxquels il emprunte ses familles numérotées et le principe des combinaisons à réunir.
Les tuiles et leurs familles
Le jeu complet compte 144 tuiles. Trois familles numérotées de 1 à 9 (les caractères, les bambous et les cercles) existent chacune en quatre exemplaires, soit 108 tuiles. S’y ajoutent 16 vents (Est, Sud, Ouest, Nord), 12 dragons (rouge, vert, blanc), 4 fleurs et 4 saisons. Le guide des tuiles détaille ce que montre chacune.
L’arrivée en Occident
Le mahjong quitte la Chine au début du XXe siècle. Un Américain installé en Chine, Joseph Park Babcock, joue un rôle décisif : vers 1920, il publie un livret de règles simplifiées et diffuse le jeu aux États-Unis sous le nom « Mah-Jongg ». Le succès est immédiat, et le jeu devient une véritable mode dans les salons américains des années 1920.
Cette vogue gagne aussi l’Europe, tandis que le Japon développe sa propre variante, le riichi. Si les différentes façons de jouer à quatre t’intéressent, l’article sur les variantes régionales du mahjong en fait le tour.
La naissance du mahjong solitaire
Le tournant arrive en 1981. Brodie Lockard programme sur le système informatique PLATO un jeu pour une seule personne, qu’il appelle « Mah-Jongg ». Il n’y a plus d’adversaires ni de combinaisons : les tuiles sont empilées, et il faut vider le plateau en les retirant par paires.
Le jeu ne garde du mahjong que ses tuiles. La règle, elle, est nouvelle : une tuile ne se retire que si rien n’est posé dessus et si son côté gauche ou son côté droit est dégagé. Tout le mahjong solitaire tient dans cette contrainte.
Shanghai, puis Mahjong Titans
En 1986, Activision publie « Shanghai », la version commerciale du jeu de Lockard. Portée sur de nombreuses machines, elle fait connaître le mahjong solitaire au grand public et impose la disposition en forme de tortue comme la référence du genre.
En 2007, « Mahjong Titans » est livré avec Windows Vista. Le jeu se retrouve d’un coup sur un très grand nombre d’ordinateurs, et beaucoup de joueurs le découvrent à ce moment-là, sans savoir qu’il a déjà plus de vingt-cinq ans.
Au Japon, un cousin apparaît à la fin des années 1980 : le Shisen-Shô. Les tuiles y sont posées à plat, et deux tuiles identiques se retirent si un chemin de trois segments au plus les relie.
Le mahjong solitaire en ligne
Avec le web, le mahjong solitaire se joue désormais dans un navigateur, sans rien installer. Le principe n’a pas changé depuis 1981, mais le confort a progressé. Sur ce site, tous les plateaux distribués sont résolubles, tu peux annuler un coup, demander un indice ou mélanger les tuiles restantes, et la disposition historique se joue toujours sur la page Mahjong Tortue.
Le parcours ressemble à celui d’un autre jeu de patience passé de la table à l’écran : le solitaire, dont l’histoire suit la même trajectoire.
Deux jeux, un même décor
Le mahjong à quatre joueurs et le mahjong solitaire n’ont presque rien en commun dans leurs règles. Le premier est un jeu de combinaisons où l’on lit ses adversaires ; le second est un casse-tête d’observation où l’ordre des retraits décide de tout. Ils partagent un décor : les mêmes 144 tuiles, avec leurs bambous, leurs cercles et leurs caractères.
Pour passer de l’histoire à la pratique, lis les règles du mahjong solitaire puis le guide de stratégie. Le jeu n’est pas millénaire, mais il a déjà traversé plus d’un siècle et demi, et sa version solitaire plus de quarante ans.